La culture en danger
Bobigny, le 19 décembre 2009
Nous, structures culturelles et artistiques de la Seine-Saint-Denis, qui signons cette déclaration, nous ne cachons pas notre inquiétude mais aussi notre détermination devant les menaces qui pèsent sur l'avenir de nos activités.
Ce qui nous anime, c'est la volonté de permettre l'accès du plus grand nombre à la création et aux oeuvres des artistes. C'est une question de justice sociale, c'est une question de démocratie. Notre travail n'est pas confidentiel : dans nos établissements, comme lors des actions que nous menons en direction des habitants, ce sont des centaines de milliers de personnes que nous touchons chaque année.
De la plus grande salle à l'atelier qui va concerner une dizaine d'habitants, c'est la même volonté qui est à l'oeuvre, qui permet que partout, sur le territoire de la Seine-Saint-Denis, la possibilité de rencontrer l'art, la création, soit maintenue, quelle que soit l'origine sociale, géographique des individus.
Notre action s'est jusqu'à présent appuyée sur des politiques publiques fortes et ambitieuses qui impliquaient l'Etat et les collectivités territoriales. L'existence même d'une politique publique de la culture est aujourd'hui menacée. Le désengagement de l'Etat, la réforme des collectivités territoriales, les incertitudes sur leurs ressources mettent gravement en cause dans ce domaine, comme dans bien d'autres, le contrat qui fonde notre projet démocratique, qui garantit sa cohésion. Nous ne nous faisons aucune illusion, rien ne viendra remplacer les moyens et la pensée de cette puissance collective dont nous avons su nous doter.
Si nos structures, établissements, compagnies, dans leur diversité, leur pluridisciplinarité, ne peuvent plus fonctionner, c'est l'accès aux oeuvres qui est compromis, c'est l'ambition d'une politique de partage des connaissances, des émotions. Ce sont aussi des milliers d'emplois qui seront mis en cause car notre secteur d'activités est aussi un secteur économique, générateur d'emplois directs et indirects de toute nature.
Monsieur le Président, nous vous remercions de nous recevoir aujourd'hui, comme nous vous l'avions demandé devant l'urgence du péril. Nous entrons dans une période de grande incertitude, liée à la remise en cause éventuelle des compétences des collectivités territoriales, à leur financement. Nous attendons de vous un geste fort, qui témoigne de votre attachement à l'action publique en matière de culture.
Monsieur le Président, nous voulons agir ensemble. Nous vous demandons de créer les conditions de cet élan.
Monsieur le Président, nous vous demandons un moratoire sur le budget de la culture du département en 2010 et la mise en place d'un comité de coordination.
Un moratoire car il permettrait d'entrer dans cette nouvelle année avec un geste fort, constructif pour nous tous, acteurs et employeurs de la culture, habitants du Département.
Vous le savez, le budget de la culture ne représente qu'à peine 1% du budget global du Conseil général. Outre le peu d'effets sur ce budget global, les économies réalisées sur la culture auraient un détestable effet symbolique, encore plus ici en Seine-Saint-Denis qu'ailleurs.
Elles seraient préjudiciables pour la population mais aussi fatales pour nos activités, nos emplois.
Certains acteurs du département ont déjà eu à souffrir de décisions qui menacent leur pérennité. Le moratoire nous paraît indispensable pour que nous puissions travailler ensemble car la Seine-Saint-Denis doit aborder son avenir avec confiance, confiance dans nos savoir-faire, dans notre capacité à produire ensemble de la pensée, de la conscience, du plaisir.
Confiance dans la singularité d'un territoire qui peut nourrir un mouvement national vers une loi-cadre pour la culture, aujourd'hui indispensable à notre pays.
Un comité de coordination départemental ensuite, car il nous permettrait de nouer un partenariat nouveau dont nous avons tous besoin pour affronter les bouleversements qui s'annoncent. Car il nous faut unir nos forces, nos pensées, nos rayonnements pour que la population nous accompagne dans un combat qui est aussi celui du respect, de la dignité, du droit au savoir pour tous.
Monsieur le Président, nous nous trouvons à un moment important, un moment clef de notre histoire commune. Nous attendons de vous les moyens d'une ambition, d'un projet partagé, d'une politique que les habitants de ce département méritent.
Signataires :
Africolor / Philippe Conrath, Art Studio Théâtre / Kazem Sharyari, Aru Dominique, cinéaste, Association 1.9.3. Soleil / Cécile Ezquerra, Banlieues Bleues / Xavier Lemettre, Chroma Zebrock / Pierre Quay-Thevenon (Noisy-le-sec), Cie Issue de secours - La ferme Godier / Pierre Vincent (Villepinte), Cie les alouettes naïves / Emmanuelle Rigaud, Cie Vertical Détour / Frédéric Ferrer (Ville Evrard), Cie Yorick / Michael Batz, Ciné 104 / Jacky Evrard (Pantin), Cinémas 93 / Frédéric Borgia, Cinéma Jacques Tati / Luigi Magri (Tremblay-en-France), Cinéma l'Etoile / Malika Chaghal (La Courneuve), Cinéma Le Méliès / Stéphane Goudet (Montreuil), Cinéma Le Trianon / Annie thomas (Romainville – Noisy-le-sec), Cinéma Le Studio / Céline delfour (Aubervilliers), Cinéma Louis Daquin / Corentin Bichet (Le Blanc-Mesnil), Espace 1789 / Denis Vemclefs (St Ouen), Espace Khiasma / Olivier Marboeuf (Les Lilas), La Galerie / Marianne Lanavère (Noisy-le-sec), Lanton Philippe, metteur en scène, Le Colombier / Gilles Sampieri et son équipe (Bagnolet), L'échangeur / Régis Hébette (Bagnolet), L'écran / Boris Spire (Saint-Denis), Le Forum de Blanc-Mesnil / Xavier Croci (Le Blanc-Mesnil), Les Instants Chavirés / Thierry Schaeffer (Montreuil), Les Laboratoires d’Aubervilliers (Aubervilliers), Les rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis / Anita Mathieu, Lutherie Urbaine / Agnès Dufour et Jean-Louis Mechali, Mains d’oeuvres / Camille Dumas (Saint-Ouen), Maison Populaire / Annie Agopian (Montreuil), MC 93 / Patrick Sommier (Bobigny), Nouveau Théâtre de Montreuil – CDN / Gilberte Tsaï, Périphérie / Michèle Soulignac (Montreuil), Pelletier Evelyne, comédienne, Renouf Olivier, danseur et chorégraphe, Rèbre Isabelle, écrivain et cinéaste, Réseau Théâtre - Cap Etoile / Bernard Bloch (Montreuil), Synesthésie / Anne-Marie Morice (Saint-Denis), Théâtre Aragon / Emmanuelle Jouan (Tremblay-en-France), Théâtre de la Commune / Didier Bezace (Aubervilliers), Théâtre Gérard Philipe – CDN de Saint-Denis / Christophe Rauck (Saint-Denis), Studio Théâtre / Kamel Ouarti et Marjorie Nakache (Stains), Villes des musiques du monde / Kamel Dafri.
Pour signer cette déclaration, écrire à l’adresse : 93culture@gmail.com
Appel La culture en Danger
L’art et la culture sont au cœur de la vie sociale de notre pays, de son équilibre démocratique, de son identité et de son rayonnement. Aujourd’hui, en Seine-Saint-Denis comme partout ailleurs, la culture est menacée par la remise en cause des principes et des moyens de l’intervention publique en faveur de la création artistique et de l’action culturelle.
Ces renoncements sont ceux du gouvernement, ce ne sont pas les nôtres.
Le poids insurmontable des transferts de charges non compensés, la réforme fiscale puis la réforme des collectivités territoriales, organisent le calendrier de l’étranglement et de l’incapacité des collectivités à intervenir dans ce domaine essentiel à l’émancipation et au bien vivre ensemble.
Nous refusons d’abdiquer, tant sur le terrain des principes que sur celui de l’engagement politique.
La compétence culturelle n’est certes ni automatique ni strictement obligatoire au plan du droit. Mais, au plan de l’intérêt public de la Seine-Saint-Denis, de ses villes tout comme de l’ensemble du territoire national, il en est tout autrement !
Les économies de ces secteurs sont fragiles et reposent sur de multiples financements croisés. La menace qui pèse sur les collectivités est aussi une atteinte profonde au tissu local, à la dynamique d’innovation et d’émancipation citoyenne.
A très court terme, ce sont des pans entiers d’activités qui sont menacés à l’échelon des départements pour des projets culturels qui se structurent à tous les niveaux de collectivités territoriales. A moyen terme, de nombreuses communes ne pourront échapper au même schéma qui s’annonce destructeur socialement et économiquement, à l’heure où l’on nous vante par ailleurs la nécessité d’un plan de relance massif.
- Parce que nous pensons que les politiques publiques de la culture sont le fruit d’une concertation et d’un échange permanents entre les artistes et les pouvoirs publics ;
- Parce que nous refusons le démantèlement en cours, la disparition d’aventures artistiques et culturelles et la suppression des très nombreux emplois associés à cette casse organisée ;
- Parce que nous pensons que la chose publique de la culture doit être universellement partagée et reconnue ;
- Parce que nous pensons que l’avenir de l’action publique locale risque de se dissoudre dans cette remise en cause brutale, accentuant davantage les injustices territoriales et culturelles connues par notre pays ;
Nous, citoyens, artistes, acteurs culturels, élus, refusons la remise en cause profonde de la politique culturelle française aujourd’hui menacée par les réformes en cours. Nous n’acceptons pas que la mise en faillite organisée d’un système public de référence ampute à court et à moyen terme l’ensemble des territoires de la qualité de leur maillage artistique et culturel.
La crise de valeurs est profonde, elle est assumée par un gouvernement qui en multipliant les pseudo-réformes, détricote de manière minutieuse le maillage culturel français et remet en cause les fondements d’une politique de référence.
Les attaques engagées sont durables :
• Depuis plusieurs années : la refonte de l’intermittence précarise les artistes et l’érosion des financements publics d’Etat porte atteinte à l’action publique culturelle ;
• Aujourd’hui : la mise en œuvre de la révision générale des politiques publiques commence à produire ses effets, en particulier dans les musées et l'étranglement financier frappe au cœur de leurs politiques les collectivités territoriales ;
• Demain, les mêmes collectivités risquent de ne plus avoir ni le droit ni les moyens de conduire des politiques culturelles en raison de la suppression de la clause générale des compétences.
Artistes, auteurs, acteurs culturels, citoyens, élus, la mobilisation de tous est essentielle face à cette situation d’alerte.
L’art et la culture sont en danger dans notre pays. Ici de Seine-Saint-Denis nous lançons cet appel national et refusons l’abandon de 50 années de décentralisation culturelle qu’organise aujourd’hui le gouvernement sous couvert de modernisation des politiques territoriales.
Pour consulter l’appel et le signer www.seine-saint-denis.fr/cultureendanger.html